Archives de catégorie : Livres

La bataille d’Anghiari

anghiariLa fresque perdue, recouverte, de Léonard de Vinci, à laquelle on n’a pas accès, La Bataille d’Anghiari ; Paloma, La Femme qui traverse ce récit (qui court) ; le peintre Rueda, fils de fasciste ; Goio, l’homme que rencontre l’auteure, une correspondance s’établit et mène au récit, une guerre silencieuse, au secret – une lutte ?, des morts et des prisonniers politiques (Goio emprisonné) ; l’ETA, Euskadi Ta Askatasuna (ou Pays basque et liberté, en basque) ; et puisque personne ne peut vraiment parler alors Marie Cosnay convoque ceux, des chevaliers, qui traversent ce territoire, et le sien plus vaste de ses lectures ou des séances de cinéma, Jeremiah Johnson comme témoin-interprète d’une tragédie ; Marie Cosnay interroge ; elle-même, aussi, compte tout, les années – les siennes, les morts, les oiseaux, les mégawatts… Après À notre humanité, la Commune de Paris, le massacre des communards, et avant la guerre faite aux sans papiers, Entre chagrin et néant et Comment on expulse, responsabilités en miettes, et encore une vingtaine de textes, voici La Bataille d’Anghiari.

 

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Dialogues des morts

L’engagement dans la langue, même dans le travail le plus contemporain, s’enracine dans ses strates profondes. Elles sont assez nombreuses pour chacun y trouve ses affinités, ses ateliers.

Marie Cosnay, outre d’être l’écrivain qu’on connaît, traduit du grec et du latin. C’est là probablement que sa langue prend force, dans ces heures où on se confronte aux vieux rythmes, aux grands mythes.

A preuve qu’ici, il ne s’agit pas de proposer une ou des traductions. Le texte qui s’ancre dans « Les Phéniciennes » d’Euripide a pour titre « Pour du discours manqué ». Le texte qui s’ancre dans « L’Énéide » de Virgine a pour titre « Pour du discours amoureux ». Et le fragment traduit du « Roi Lear » de Shakespeare a pour titre « Pour le discours des fous ».

Alors, en présentant une traduction exigeante, commentée, d’Euripide, Virgile et Shakespeare, Marie Cosnay y inclut sa propre lecture. Ce qu’elle y cherche, ce qu’elle y trouve, et comment cela s’articule ou cogne au présent. Dans Euripide, de prendre une ville et d’y imposr des lois. Dans Virgile, ce récit mère/fils, et ce qui s’y dit de la ville et des rêves. Et dans Shakespeare, l’ombre de la guerre.

Ainsi la littérature semble un instant dévoiler, dans ce travail sur ces racines, les grandes directions et les grands rêves qui lui confèrent son excès pour le présent, nous ouvrent à notre propre écriture.

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Des métamorphoses

La fille n’en avait pas fini d’ouvrir la porte cochère. Kemal avait dit quelque chose, je n’avais pas bien compris. Je le regardais. S’il pouvait continuer un peu. Je me serrai contre lui. Il me pinça le bras. La fille poussait sur la porte de tout son poids et cela m’amusa que Kemal désirât s’approcher. Je le regardais, j’avais une sorte de paysage inventé dans mon dos, au loin quelque chose fumait, nous étions habitués. Kemal s’approchait de la fille, elle tenait en bandoulière un sac qui portait une inscription concernant la foire du livre de Sao Paulo.

Kemal rejoignait la fille au sac de Sao Paulo. Je restais dos aux plaines liquides, quand je levais les yeux la couleur violette tranchait avec la grisaille des toits, le ciel était soutenu par lui-même mais grossièrement. Bien sûr, au loin, des crêtes de carton, régulières, de petits créneaux de branchages, papiers crépons et feuillages, se succédaient. Parfois, une chose se dressait, un arbre vide s’élançait, blanc de tronc et saignant dans le coucher de soleil permanent, rose, vif, dégoulinant comme nous le connaissions.

Mes sens me jouèrent des tours : deux filles poussaient la porte de toute la force de leurs épaules. Kemal avait disparu – ou il devenait l’une des deux filles. La métamorphose s’accomplit devant moi. Les cheveux de Kemal poussent, les hanches s’arrondissent. Il se retourne un instant. Je perçois dans son regard une interrogation, exemple de toutes les interrogations. J’eus le temps de désirer lui en demander plus. Le moment était on ne peut plus mal choisi. Bientôt je ne reconnaîtrai plus Kemal. Les filles firent un peu, à peine, bouger la porte.

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A notre humanité

Quidam editeur

« Sur le chemin de halage, Emmy ouvre les yeux. Quand elle s’est endormie, les nuages faisaient des formes aux gris profonds, tout ça se délavait vite, elle avait hâte d’en finir. Tom a disparu. Elle tend les mains dans les airs du dessus pour attraper la silhouette invisible. Tom, dit-elle, je m’appelle Madeleine, se pourrait-il que tu prononces mon vrai prénom. Un silence répond, un frottement. Ou bien ce sont les morts qui gigotent sous la terre ou bien ce sont les mortes. Dans les caves des couvents, disait Tante M., les os des religieuses torturées se plaignaient ou sifflaient en douce. Du vent dans les os vides des corps des sœurs. Tu entends, pauvre Tom, dit Emmy qui s’appelle Madeleine à Tom qui n’est pas là. Elle l’a touché cette nuit, elle a sur la petite peau des paumes l’odeur du corps de Tom. D’abord il a ôté son costume. »

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Comment on expulse

Lecture de JM Barnaud sur Remue.net

En novembre 2008, une famille du Kosovo est expulsée de l’aéroport de Biarritz. Trois enfants sont portés dans l’avion par les policiers. Le père monte, la mère s’évanouit sur le seuil. On l’embarque, sous les yeux de ses amis et soutiens impuissants.
Ce jour-là, je me formulai que la question des responsabilités, au milieu d’un ensemble qui vise à les émietter, était posée. Il faudrait, pour l’étudier, en passer par les mots et les représentations que l’on se fait des choses. Le tribunal est un espace de paroles. Un policier y raconte qu’il n’est plus le même après avoir assisté à l’expul­sion « couchée » d’un jeune homme kurde. Le représentant de la préfecture craint qu’on ne le prenne pour « un nazi ».
L’exil, la frontière, l’étranger, le droit : autant de thèmes que traite, depuis son antiquité, notre civilisation. J’avais besoin que la politique contemporaine du droit (ou non-droit) des étrangers dialogue avec les grandes figures mythiques, les textes fondateurs, de Platon à Ovide, qui en dirent jadis quelque chose.
J’avais besoin d’interroger différentes manières de dire, persuadée que chacune crée un espace de représentation qui fait, peut faire ou fera, même de manière infime, bouger le réel.

Le vent se léve

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Des trains à travers la plaine

Claude Chambard, Marie Cosnay, Jérôme Lafargue, Eric Pessan. Quatre écrivains à la poursuite des sombres enchantements de Bashung.

Un homme achève son voyage onirique en une prairie douce emplie de fétus de soie, un autre retourne vers la maison paternelle aux lierres ployés comme des remords fanés, Samuel attend ses tueurs et arme son fusil de plomb six, une fillette aux écailles de nuit s’enfuit dans une bulle rose, sous le désir des hommes.

Derrière le rideau qui se ferme, là où la lumière ment, le maître tire des riffs bleus, boots plantés telles des amarres en la scène qui tremble.

Ovide

Collection Nobis. Dirigée par Myrto Gondicas et Marie Cosnay.

Une collection de nouvelles traductions de textes de l’antiquité.

Le pari de traductions à lire, aujourd’hui, comme des textes à part entière.

 

 

Pour toi pleurent les oiseaux tristes, Orphée, et la foule des bêtes,

Pour toi les cailloux rudes et les forêts qui ont suivi tes poèmes

Pleurent. Pour toi l’arbre laisse son feuillage,

Tond ses cheveux, prend le deuil. Les fleuves aussi, dit-on,

Grossissent de leurs larmes et les Naïades et les Dryades

Repoussent les voiles sous l’habit noir et lâchent  leurs cheveux.

Les membres gisent un peu partout. Fleuve de l’Hèbre, tu reçois

La tête et la lyre. Et, miracle, pendant qu’elle glisse au milieu du fleuve,

La lyre pleure je ne sais quoi de triste, quoi de triste la langue

Sans vie murmure et les rives répondent je ne sais quoi de triste.

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