au combat, au livre IX

Il dit et avec un effort de tout son corps jette
le fer. Le javelot vole et frappe dans les ombres de la nuit,
touche le bouclier de Sulmon bien en face,
se brise et fend le bois et perce le cœur.
L’homme roule, sa poitrine vomit un fleuve chaud.
Froid, il secoue ses flancs de longs râles.
De partout on regarde. Plus vif, Nisus
à hauteur d’oreille balance un nouveau trait.
Les autres tremblent : le javelot passe par les tempes de Tagus,
siffle, traverse le cerveau et s’y fixe, tiède.
L’atroce Volcente enrage, il ne voit nulle part l’auteur
du trait ni sur qui, tout bouillant, se jeter.
« ce sera toi, de ton sang chaud, qui paieras
pour ces deux hommes », dit-il. En même temps, il dégaine l’épée
et fonce sur Euryale. Alors terrorisé, affolé,
Nisus crie, il ne peut plus dans les ténèbres se cacher
ni plus longtemps supporter sa douleur :
« moi, moi, c’est moi, j’ai tout fait, tournez le fer vers moi,
oh Rutules ! C’est ma ruse, lui il n’a rien fait,
il n’a pas pu. Je le jure sur le ciel et les étoiles qui savent.
Il a juste trop aimé un ami malheureux. »
Il dit ces mots. Mais l’épée, enfoncée de force,
transperce les côtes et fait éclater la poitrine blanche.
Euryale roule dans la mort et ses beaux membres
sont pleins de sang et sa nuque, coupée, tombe.
Comme une fleur pourpre fauchée par la charrue
fâne, mourante, comme le pavot au cou fatigué
laisse tomber sa tête quand les pluies pèsent sur lui.
Nisus fonce au milieu et entre tous ne cherche que
Volcente, ne s’attarde qu’à Volcente.
Les ennemis groupés autour de lui, l’éloignent
le chassent. Il n’en insiste pas moins et fait tourner son épée
qui foudroie, jusqu’à la planter dans la bouche du Rutule
qui crie, en face. Mourant il prend la vie à son ennemi.