tempête, janvier / février

tempêtes

d’Homère à Ovide, les souffrances de Phèdre chez Sénèque, celles d’autres jeunes filles, la tempête irlandaise chez David Lean, la tempête à laquelle le roi Lear est soumis chez Shakespeare, le typhon chez Conrad, quelques surprises.
en quoi la tempête fait bascule, change les représentations, représente le changement de point de vue, d’état du monde, de sentiments ?
écrire sa tempête.

écrivant tempêtes, miroirs etc

1. 14 janvier / 4 février / 18 février : tempêtes

s’inscrire avant le 2 janvier.

2. 4 mars / 25 mars / 8 avril : miroirs

s’inscrire avant le 20 février.

3. 22 avril / 6 mai / 20 mai : genres et frontières

s’inscrire avant le 14 avril.

4. 3 juin / 17 juin / 1er juillet : bribes du monde, bribes de soi

s’inscrire avant le 20 mai.

On peut s’inscrire :
à un seul atelier
à trois ateliers
à deux fois trois ateliers
aux douze ateliers…

On vous en parle ici.
Et encore, plus précisément (combien ça coûte, quand et où ça se passe), ici.

formulaire d’inscription

Ce bulletin d’inscription est à remplir, imprimer et envoyer avant le 2 janvier 2017

Nom :
………

e-mail :
………

Adresse :
………

Téléphone :
………

Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d’inscription et de participation à l’atelier et les accepter.
Je m’inscris à l’atelier en écrivant.

Je coche la formule choisie :

1 atelier à 30 euros
3 ateliers à 80 euros
6 ateliers à 150 euros
12 ateliers à 290 euros

L’atelier aura lieu à l’Atalante, rue Denis Etcheverry, Bayonne (sous réserve), aux dates suivantes.

Je joins à ce bulletin un chèque d’arrhes selon la formule choisie.
1 atelier : 10 euros d’arrhes.
3 ateliers : 30 euros d’arrhes.
6 ateliers : 60 euros d’arrhes.
12 ateliers : 100 euros d’arrhes.

Le chèque sera établi à l’ordre de Marie Cosnay.
J’envoie le tout à ce nom et cette adresse : 4, rue sergent Marcel Duhau 64100 Bayonne.
Les arrhes ne sont plus remboursables une semaine avant le début de l’atelier.
Une invitation me sera alors envoyée.
Je réglerai le solde le premier jour de l’atelier.

Fait à…….
le ………

Signature

les ateliers de Bayonne (en écrivant)

J’animerai à partir du 14 janvier 2017 des ateliers d’écriture à Bayonne.
Voyez ici pour connaître les conditions (dates, tarifs, lieu).
Ici pour jeter un oeil rapide sur ma bibliographie.
Les ateliers seront au nombre de douze.
Quatre fois trois ateliers ; chaque série d’ateliers sera construite autour d’un thème : les voici.
Les ateliers commenceront en janvier et se termineront à la toute fin du mois de juin : revoir le calendrier.
Les ateliers s’adressent à quiconque a envie de découvrir des formes littéraires et d’en créer.
Ils ne nécessitent que cette envie-là.
Et de la curiosité.
Et de la générosité.
Aucun savoir-faire particulier.
On pourra sans mal prendre à tout moment ce train en marche.
Toutefois, les places étant limitées, il faut s’inscrire avant chacune des sessions.
Pour se faire une petite idée des contenus, c’est ici.
Pour remplir le formulaire d’inscription, c’est ici.
Formulaire à envoyer, comme il est indiqué, à mon nom, au 4 rue sergent Marcel Duhau.
Pour me contacter, c’est ici.

bio furtive & biblio

Marie Cosnay
desaubesparticulieres@gmail.com

Vit, écrit, enseigne, traduit au pays basque.

Quelques récits :

Entre chagrin et néant, CADEX
Comment on expulse, LE CROQUANT
Villa Chagrin, VERDIER
Déplacements, LAURENCE TEPER
André des Ombres, LAURENCE TEPER
La langue maternelle, CHEYNE EDITEUR
Des métamorphoses, CHEYNE EDITEUR
Le fils de Judith, CHEYNE EDITEUR
La bataille d’Anghiari, OR DES FOUS
A notre humanité, QUIDAM.
Cordelia la guerre, éditions de L’OGRE
Vie de HB, NOUS EDITEUR

Chroniques régulières sur les blogs et périodiques suivants :

http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-cosnay
http://www.enbata.info/auteur/marie-cosnay/
http://marie-cosnay.maison-des-ecrivains.fr/
le matricule des anges
l’impossible

Traductions

Traduction collective de l’Enéide de Virgile, à lire ici :
http://remue.net/spip.php?article6482
D’Orphée à Achille, traduction de trois livres des métamorphoses d’Ovide, NOUS

Théâtre
Bouc de là
Compagnie La baraque liberté, Caroline Panzera
(création en octobre 2015 au théâtre du Soleil)

prix lieu et calendrier

combien ?

12 ateliers : 290 euros
6 ateliers : 150 euros
3 ateliers : 80 euros
1 atelier : 30 euros

A l’inscription, je vous demanderai de vous engager sur la formule de votre choix, et de verser des arrhes.

?

dans le quartier Saint-Esprit à Bayonne. L’adresse vous sera communiquée à l’inscription.

quand ?

les samedi matin, de 10h à 12h.

janvier : 14
février : 4 / 18
mars : 4/ 25
avril : 8/ 22
mai : 6/ 20
juin : 3/ 17
juillet : 1er.

ou les vendredi de 18h30 à 20h30

janvier : 13
février : 3/17
mars : 3/24
avril : 7/21
mai : 5/19
juin : 2/16/30

If (un petit bout)

J’avais conduit un personnage de 1962, un personnage d’Algérie, dans une cellule du château d’If.
Mon personnage avait perdu une terre, avait perdu avec sa terre ses vignes, son soleil, sa maison qui n’était pas une maison mais un palais.
Mon personnage était enfermé à quelques kilomètres de Marseille dans une cellule du château qui n’était plus une prison d’Etat mais appartenait toujours à l’armée.
Mon personnage a failli se trouver mal.
C’est un peu comme si jusque-là le château-prison l’avait attendu.
Sur le mur de cette cellule aménagée, il lit son nom, griffé. Lui qui n’en a pas changé. Il a perdu des pays, deux au moins, le premier qu’il n’a jamais connu, France métropole et le deuxième, France-Algérie. Il a perdu des pays mais pas son nom. Le siècle a fait un tour presque complet. Un de ses ancêtres après la Commune de Paris, en 1871, victime de la semaine de répression sanglante ordonnée par Adolphe Thiers, est enfermé au château d’If avant d’être déporté, certainement en Nouvelle Calédonie.
L’ancêtre grave son nom. Signe le château de son nom et d’une date.
Les communards futurs déportés en Nouvelle Calédonie ont-il été enfermés au château ?
Le château a-t-il emprisonné en 1962 de plus ou moins gros activistes de l’OAS ?
La seule histoire qui est attestée : les retrouvailles, en ce lieu, d’un nom.
Le nom de 1871 est celui de 1962.
En 1962, mon personnage de l’OAS n’a absolument pas conscience de la sorte de triangle historique et géographique qui s’est dessiné autour de lui, depuis presque cent ans.
En octobre 1870, Napoléon III vient de perdre la bataille et l’Alsace à Sedan, malgré 37.769 hommes partis sur le front franco-prussien, hommes enlevés à l’Algérie jusque-là de régime militaire. En septembre a été instaurée en France la IIIème République. En mars 1871 le gouvernement républicain se méfie du peuple de Paris affamé et révolté par la défaite. Les soldats, aux ordres de Thiers, viennent chercher, au nez et à la barbe de la garde nationale, les fameux canons qui appartiennent au peuple de Paris. On sait la suite, le 18 mars les soldats, à qui on intime l’ordre de tirer sur le peuple de Paris affamé et révolté, lèvent la crosse de leurs armes. On sait la suite. La Commune de Paris s’organise. On sait la suite. La IIIème République et Aldophe Thiers font un carnage.
L’Algérie de statut militaire a perdu 37.769 hommes au profit du front franco-prusse. Il faut dire que la IIIème République se démarque de l’Empire et souhaite, c’est Adolphe Crémieux qui parle, substituer en Algérie, au détestable régime militaire, un régime civil. La IIIème République souhaite assimiler l’Algérie à la France à un moment où l’assimilation est portée par des voix progressistes, celles qui visent à l’égalité.
Crémieux naturalise par décret les juifs algériens.
On commence par là – et on s’arrête là.
Quand on attribue la division juifs – musulmans au décret Crémieux, on oublie que ceux qui craignaient de tout perdre, les seuls à avoir quelque chose à perdre, étaient les colons pieds-noirs, on oublie l’excitation des émeutes antisémites provoquées par les agitateurs pieds-noirs, on oublie que Drumont une vingtaine d’années plus tard profite du climat, se présente à Alger aux élections législatives, y est élu député.
Les indigènes de statut musulman ne l’ont pas élu, qui ne votent pas.
Ce qui n’est une menue question.
Drumont voudra faire abolir le décret Crémieux, réviser le procès Dreyfus, condamner Zola.
La IIIème République souhaite donc l’assimilation et un régime civil en Algérie mais après la défaite de Sedan elle renvoie 17.000 hommes en Algérie. C’est que comme à Paris et comme à Marseille, on l’entend gronder, la révolte. Les paysans sont laminés par les séquestres, doubles impôts, confiscations, rétentions administratives, code de l’indigénat.
Les années qui précèdent ont vu le succès, craint par le gouvernement français qu’alertent des rapports militaires, de la confrérie religieuse Rahmaniyya et de son Cheikh Améziane El-Haddad.
La confrérie exhorte les musulmans à la ferveur.
Début 1871, les officiers des bureaux arabes enregistrent le refus de payer l’impôt.
On vend les semences à vil prix pour s’acheter au plus vite des armes.
On s’assemble en confréries de dix à douze membres.
A Paris, dans le même temps, la Commune crée comités et commissions.
Le 11 avril, à Paris, l’Union des femmes se constitue pour la défense de Paris. Le 8 avril, en Algérie, 15.000 Kabyles se soulèvent, appelés au djihad par le Cheikh El-Haddad.
Quelques décennies plus tard, on lira dans le Figaro, à l’occasion d’une nouvelle insurrection que la répression ultra sévère expliquera par le désormais célèbre fanatisme musulman, on lira dans le Figaro qu’à côté « des choses du ciel, les choses de la terre entraient pour quelque part dans l’exaspération des fanatiques ».
Ces choses de la terre qu’on aime oublier ou faire semblant d’oublier.
Dans les années 1858, dans les vallées béarnaises, les famines se succédaient. Les préfets craignaient recrudescence de foi et protestation politique conjointe. Cela n’a pas manqué, une petite fille a vu la Vierge. On s’arrangera pour que le Vierge elle-même, que l’Eglise va dessiner comme elle veut pendant que la petite fille meurt de tuberculose, écrase ceux-là même pour qui elle est venue.
Aux Kabyles entraînés par El-Haddad il faut ajouter ceux que El-Mokrani soulève avec lui.
Ou comment la révolte vient aux hommes qui n’ont rien à voir avec la révolte.
Parce que El-Mokrani, c’était pas franchement l’esprit de rébellion qui l’animait.
El-Mokrani, nommé bachaga, titre institué par les Français, avait reçu la légion d’honneur. Etait reçu chez le petit Napoléon, à Compiègne. Soutien des Français, il recevait le soutien des Français. Au milieu des années 1860, il avait payé de sa poche les semences pour ses villageois victimes de famines. La France de Napoléon III devait les lui rembourser. Il attendait. La France de la République a oublié. De plus, comme l’a dit Adolphe Crémieux, passons à un régime civil. El-Mokrani perd ses soutiens militaires. Un régime l’a trahi, lui qui a, si on peut dire ainsi, trahi. Ou accepté. Il a pris les honneurs et ça fait d’autant plus mal s’ils n’ont plus besoin de moi. Les honneurs perdus, il s’agit de retrouver l’honneur. Soudain El-Mokrani se lève, on va des portes de la Tunisie jusqu’aux portes d’Alger, d’est en ouest.
21 avril 1871, 20.000 insurgés marchent sur Alger.
A Paris, on interdit le travail de nuit et celui des enfants.
Le 8 mai El-Mokrani est tué au combat.
Au mois de juillet, le Cheikh El-Haddad est arrêté.
La répression est sauvage comme à Paris.
Le fils du Cheikh est déporté en Nouvelle Calédonie, avec une centaine d’insurgés. C’est là-bas que ceux-ci rencontreront ceux-là, les insurgés d’Algérie ceux de Paris. A ces gens-là on proposera remises de peine et grâces contre participation à la répression de la révolte kanake, on est en 1878.
Ce que tous ces gens-là accepteront, le plus souvent.
Quant à ceux qui n’ont pas été déportés.
Combien ont été, comme Crémieux, l’autre, celui de Marseille, Gaston, fusillés, visez la poitrine et non la tête, encore un qui est passé par la forteresse d’If, et vive la République.
Combien ont perdu de proches et d’espérances.
Combien de terres, combien ont été expropriés, rendus à la misère.
Défaite ou répétition générale, rendez vous dans même pas cent ans.

armier

Le temps filait. La voiture filait et comme d’habitude je me perdais à proximité de chez moi. Mercredi, longtemps le jour des enfants, ne l’est plus, ne le sera plus jamais, comment fait-on pour passer d’un monde et de ses rites à un autre, dans le temps d’une même vie ?

J’essayais d’écrire des sortes de romans, dans lequel il y aurait du temps, des semblants de suspens.
Il y aurait l’Histoire, des histoires.
J’en ratais plein, mes désirs étaient (trop) nombreux.
J’accumulais livres, documentation, je faisais des découvertes que je considérais comme des trésors, on pouvait voir les choses comme ça, dans cette liberté, cette phrase, dans une langue. J’avais des amis-livres. Je n’en faisais pas forcément quelque chose, les amis-livres rendent plus costauds mais aussi, plus seuls.
Le jardin et la maison étaient pleins de lumière, ça met le reste à une de ces distances.
Il y avait des personnages. Je rêvais de les poser là, dans le cours du texte qui s’écrivait au long cours.
Il étaient tous là, les personnages ; je n’étais pas bien ordonnée.
Hier, mardi, je me suis longuement perdue à proximité de chez moi, sur une route que j’emprunte depuis près de vingt ans.

A dix mètres, avait dit quelqu’un, il y a une quinzaine d’années – un monsieur qu’on disait énergéticien, un de ceux qu’il faut voir à tout prix, régulièrement j’avais envie qu’on me parle du corps et d’autre chose, tout ensemble, régulièrement on me parlait de quelqu’un qu’il faut voir à tout prix, tu vas voir il fait sauter les migraines, sauter, on m’avait parlé comme ça, c’est encore une histoire de voiture et de routes, je m’y perds. A dix mètres, a dit l’énergéticien dont je me rendais compte qu’il était, outre énergéticien qui fait sauter les migraines, coach de musculation, la salle à côté de celle où il faisait sauter les migraines était pleine de femmes et d’hommes peinant sur les instruments à muscler. Il portait une sorte de testeur, antenne à deux branches, brandissait l’engin vers moi dont le crâne était équipé d’un récepteur, le bonhomme avec énergie testait l’énergie que mon corps (ou mon âme) dégageait ou dont il (ou elle) manquait. L’énergie, dans mon cas, je l’apprenais, était à dix mètres de moi et ça expliquait tout, le monsieur du bout des routes landaises se contorsionnait pour qu’elle rentre sage, l’énergie, en son territoire – moi-même, âme ou corps, on ne sait pas.

J’ai pris une année sabbatique, j’étais au bout de l’enseignement, le collège a dégringolé, pour tout un tas de raisons il a dégringolé et mon année est sabbatique.
Jamais le jardin n’a été aussi radieux ni la succession des journées. Il faudrait savoir porter au jour les vies des hommes illustres ou infâmes, il faudrait savoir décrire au plus juste l’atroce grimace langagière et publicitaire que les futures élections présidentielles nous valent, il faudrait écrire des projets de, des projets autour de, il faudrait ramasser des brassées d’informations et les poser là, les montrer, en faire bouquets, il faudrait, c’est un chemin.
Tout était en chemin. Soi-même on était en chemin. On était le chemin et je trouvais ça chouette, le chemin, avec ses tracas, ses plaies, embuches, ses immenses peines, même, à hurler inconsolée dans la nuit.

Hier mardi fin de journée je me suis perdue c’est que tous les trois ou quatre ans j’ai envie qu’on me parle de mon âme, j’ai trouvé le chemin compliqué d’un thérapeute, un de ceux dont on te dit : il m’a sauvée la vie, il te fait sauter les ceci les cela, pourtant on se méfie d’un bouleversement quand il est si soudain, à ma décharge ça faisait bien longtemps que je n’avais pas eu envie qu’on me parle d’âme et une personne de confiance, c’est toujours le même scénario, m’avait mise sur la voie, à ma décharge j’étais en période de jardin et de lumière, à ma décharge Pierre m’avait parlé de la belle tradition, dans le sud de la France, des armiers, ces compagnons de l’âme des morts à peine ils meurent, qui savent, compagnons de l’âme, ce que veulent les morts à peine ils sont morts. Les armiers sont armés de ne je ne sais quoi, se tiennent tout près des larmes et de l’âme des morts.
J’étais prête.
En même temps je me demandais bien ce que j’allais livrer à la thérapeute comme symptôme vraiment emmerdant, depuis le début de l’année sabbatique, aucun de ces fameux symptômes n’était invivable. Je trouverais bien, en symptômes je me fais confiance. Mais ça a commencé par cette erreur sur la route, ça m’a amusée, je me disais allez perds-toi donc un peu.
C’est fait.
Je me suis perdue.
La route que j’emprunte depuis vingt ans, je m’y perdais sans peur.

J’ai pris une année sabbatique.
Il faut bien vivre.
Quand j’ai demandé à mon fils aîné de quoi il pensait vivre en faisant tel ou tel choix j’ai vu que la question était tordue, de quoi vivre ?Je ne comprends pas ta question, il a dit, sérieusement interrogatif.
Comment allez vous gagner de l’argent ?
Ah, ça !
J’ai pris une année sabbatique et je prépare un atelier d’écriture que je suis contente de mener bientôt dans la ville où en 1848 une petite fille a vu paraître quelque chose de blanc à qui on a donné un nom neutre puis un nom féminin.
Je suis partie de tempêtes.
De ces tempêtes, météorologiques, symboliques, intimes, qui fracassent le temps et signalent dans les oeuvres et les vies un avant, un après.
Il y a avant la tempête (ou le déluge), il y a un après.
Une coupure nette au milieu, un événement qui va tout changer. 
Prospero va marier sa fille et réconcilier ce qui était brisé par l’événement de la tempête.
Le roi Lear va devenir fou ou pauvre ou tendre ou triste.
Etc.

Je me suis perdue.
J’ai rencontré une énième poseuse d’antennes à scanner hyper voyant et pseudo scientifique, scanner, je n’invente rien, quantique, parce que chez nous, Madame, on regarde le totum (prononcer totom) de l’homme, l’âme, l’âme.
Mon âme était blessée et le scanner disait où elle en était de sa relation au corps qui lui était accordé, le mien donc, où ils en étaient tous deux qu’on ne sépare pas, il le disait via antennes, le scanner électro magnétique qui développait une activité quantaceutique, le scanner répondait aux questions, listait sur l’écran de l’ordinateur les bactéries, les mémoires du foie, d’ailleurs que le foie eût des mémoires inspirait à la dame naturopathe un jeu de mot, l’avez-vous, l’avez-vous ? Le foie ?
La foi.
C’est à dire on pouvait en parler, justement je, enfin quoi, vous croyez à, quelque chose, croire, quelque chose est un peu vague, je pourrais, mais passons.

J’ai écrit un mail que je devais écrire, on est mercredi, l’ex jour des enfants qui ne le sont plus, je suis plutôt de vie heureuse, les piles des livres et d’articles à lire me réjouissent, les journées ne sont jamais assez longues, je suis gênée aux entournures, j’ai écrit dans ce mail à un ami, je suis gênée parce que mon travail ne produit que ce qu’il produit, c’est pas tout à fait rien, mais pour nous, nous tous, en termes de connaissances ou d’utilité ou de lutte contre le racisme façon plongeon direct dans les années 60 ou années 30, quoi ? Soyons très honnêtes, rien. Rien, j’étais dans cette tension, depuis toujours d’ailleurs, j’avais choisi à la fac latin grec et j’étais et suis toujours aussi incapable de me débrouiller dans une des langues vivantes que j’ai pourtant toujours voulu fréquenter, espagnol, basque, arabe, italien.

La tempête j’ai bien aimé la poser à un moment de ma vie, il est hors de question de savoir aujourd’hui, mercredi, si c’est un souvenir primaire ou reconstruit, il est les deux à la fois, je prends la voiture après une annonce tragique, je prends la voiture, un de mes enfants est en danger, c’est alors que se lève une tempête dans le crâne, il y a un avant et il y a un après.
Je me suis arrêtée.
Je me suis arrêtée de parler – mais dans l’autre histoire, l’histoire du trajet en voiture, je ne me suis pas arrêtée, j’ai reçu soudain une migraine qui a coupé ma tête en deux, de la base au sommet.

Oh dit la dame aux antennes qui voit quelque chose sur l’écran de l’ordinateur, oh il y a eu un accident de voiture ? Oh il y en a un, en effet, dis-je mais c’est pas ce que vous croyez, j’ai envoyé promener les accidents, tous les accidents, l’accident n’est pas à moi, il n’est pas exactement à moi, si vous saviez combien il y en a, des accidents, il y a tant d’autres accidents que ces mini mémoires que vous lisez dans mon foie ma rate ou ma bile, tant d’autres accidents d’hommes passés par les fenêtres, il y a tant d’accidents et ces accidents, je dis, ils sont tous à moi, et ces tempêtes, je dis, elles sont toutes miennes.
Ce que je fais ? Je reconstruis un souvenir parmi d’autres car il me plait de poser un événement dans mon temps et le temps de mes enfants, je recompose un célèbre trajet en voiture, je propose qu’on l’appelle le célèbre trajet de la partition, c’est que ce trajet en voiture est tout pour moi parce qu’il a fonctionné comme fonctionne une tempête, il y a un avant trajet et un après trajet.
Un avant migraines et un après.
Puisque vous me demandez.
Un accident si vous voulez mais pas comme vous entendez.
La naturopathe me posait sur la tête des antennes quantiques reliées à son ordinateur, c’est une machine sérieuse, les médecins même voulaient de nos machines, la naturopathe proposait son verdict et le verdict tenait en deux mots.
Accident.
Dépression.

Il y a quinze ans, en ce jour de célèbre trajet de la partition, je courais pour bondir au volant de ma voiture dans le bureau de la directrice de l’école de mon fils cadet et y faire un scandale. J’y fis un scandale tout à fait mérité. Vous êtes dépressive, a dit alors le bureau de la directrice et j’ai cassé la gueule du bureau. Vous êtes dépressive, a dit la dame aux antennes mais je n’ai pas eu de colère ; résolument du côté des choses qui ne se laissent pas définir j’ai bien ri, la dame aux antennes a eu peur de m’avoir chiffonnée pire que si j’avais été en colère, je n’étais ni chiffonnée ni en colère, j’étais après, après après, longtemps après après.

Dans nos jardins radieux et nos jours sans école, on évitait, les enfants et moi, de poser des verdicts.
Il n’est pas né, le jour où les enfants et moi, nous aurons envie de définir.
Dans notre vie est entrée la tempête.
Quelque chose ou quelqu’un a porté la tempête.
C’était une tempête d’Algérie.
C’était une tempête sans le nom, une tempête sans son nom de tempête est entrée dans ma vie et dans la vie de mes enfants. A la place du sans nom de l’Algérie on a construit des souvenirs de mini tempêtes comme le souvenir du célèbre trajet de la partition, le jour de la partition nous a beaucoup marqués, je cassais la gueule des bureaux et des verdicts. Le jour de la partition a été suivi de quelques autres cassages de gueule et tous nous ont beaucoup marqués même s’ils n’ont pas, eux, de petits noms.

Et ces histoires d’antennes et d’âmes des morts ? Le mort c’est moi c’est à dire les autres, celles et ceux qui ont sauté par les fenêtres, ceux que les verdicts rattrapent, dans ma main un enfant pleurait, que dis-je, sanglotait, se roulait par terre contre l’abandon et contre les histoires, contre l’histoire de faire chemin, trajet, l’enfant dans ma main pourtant absolument courageux disait stop au chemin, au trajet, stop pour un instant, un instant seulement et pour ce même instant, en ce même instant, je disais moi aussi stop aux tempêtes et aux trajets, j’entendais une voix tordue et criarde qui répétait : vous savez ce qu’est l’aura ? Et je répondais : vite fait. Cette histoire d’antennes et d’aura a lieu tous les trois ou quatre ans, quand je fais une crise d’âme ou de totum, prononcer totom, totom quantique je ne sais quoi. Ce soir, mercredi, ex soir d’enfant, je me suis perdue dans mon enfant, il voulait quelque chose aspirant au contraire, voulait que ce soit pour toujours et grandiose comme montagne et qu’à la fois ce ne soit plus, c’est toi en haut de la montagne, enfant, bon sang c’est une histoire de route, de trajet modeste, dût-on s’y perdre un peu-beaucoup.
Des tempêtes sans nom ont traversé nos vies si bien que si j’ai deux mains, dans l’une pleure un enfant, dans l’autre se tait un enfant avec son nom muet d’Algérie.

La grande demeure

Les premiers symptômes d’une maladie mortelle fournissent au professeur le sujet de brillantes leçons, mais toutes les maladies mortelles présentent le même phénomène ultime, l’arrêt du coeur. Il n’y a pas grand chose à dire là-dessus. La société ne mourra pas autrement.
Vous discuterez encore des pourquoi et des comment.
Et déjà les artères ne battront plus.
(Bernanos)

Vous trouverez ICI notre deuxième chronique musicale.
Vincent Houdin & Marie Cosnay