aucun métier

 J'arrête. La première heure c'est l'illusion. La deuxième, l'inquiétude et la perte de l'aisance rhétorique si on peut dire aisance et si on peut dire rhétorique. En fait c'est le bégaiement assuré. C'est l'abîme devant toi, ce qu'il y a à expliquer, comme on est tombé déjà, champs flous à perte de vue et les mots par dessus comme des oiseaux perchés. La troisième heure, le désespoir. Essayer de saisir le désespoir comme il vient, à défaut d'autre chose : il n'y a rien à dire, rien à partager, il n'y a aucun imparfait du subjonctif pour nous sauver la vie, c'est à dire qu'il n'y a plus que l'agacement de piétiner dans la demi mesure, il n'y a plus que le savoir tordu et sec qu'il n'y a rien pour te, pour nous sauver la vie, aucun imparfait du subjonctif, aucun tableau méticuleusement tracé, alors on gigote, ricane, alors se perd des yeux et perd les traces, ça nous arrive, en général on a 14 ans, on a 14 ans de nouveau et le savoir sec et triste qu'il n'y a rien à faire (aucun métier, tu entends aucun), rien à faire si ce n'est rester chez soi, jardin ou blues, blues au jardin, migraine, aucun métier, nul savoir faire, le jour où tu sauras ranger tes papiers et plier du linge repassé mais tu n'as pas appris comme tu n'as pas appris à apprendre ni à faire apprendre - ni n'as appris à ranger les mots ni les tableaux ni même les conjugaisons, les imparfaits du subjonctif dont tu veux qu'ils te surprennent toujours autant te sauvent la vie et qu'ils soient une fête, on sautillerait tous ensemble, rirait, pleins d'imperfections, d'irrégularités, ah les verbes défectifs que nous sommes.

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