une phrase magnifique

Mardi, piscine et noyade. Résurrection. Les lignes sont encombrées de nageurs rapides. Je suis devant, je gêne ou crois que je gêne. Je me précipite. Brasse longue d’habitude, sous l’eau. Il me faut trouver un autre rythme pour éviter les bras, derrière, qui me touchent les pieds. Pas de problème : je trouve ou crois trouver. Quel plaisir, lever le nez plus souvent, imiter les vrais, j’exulte, plus de Copé, personne d’autre d’ailleurs, souffler, inspirer, souffler, inspirer. Vite. J’oublie de souffler. Je bois de l’eau. Pas trop. Je tousse. Mais non. Plus rien. Ici (poitrine, gorge), plus rien. Pas un cri pas un air. Plus un air ne passe. Je tends les bras. Pas sur le dos. Allongée je mourrai. Je meurs d’ailleurs. Ma dernière pensée : les enfants ne vont pas savoir avec quel ridicule je meurs. On en rirait pourtant si seulement ils. Mais non. Ne sauront pas, ne riront pas. Ça dure. Un nageur voit ma détresse, main droite hors de l’eau. Je ne me souviens plus qu’on me hisse dehors. C’est long. Relevez-vous. Debout. Debout. Je ne peux pas tousser. Changer de moment, je pense : un moment à changer. Pourtant c’est moi et c’est le moment. Cherche à respirer. Le maître-nageur explique. C’est l’eau dans les poumons, il y avait déjà de l’air et vous n’avez pas soufflé, alors … Redressez-vous. Je montre : pas un son et je frappe sur ma poitrine. Ça siffle. Ça coupe. Je tremble. Un petit son. Un air minuscule, ici, très fin canal. Attroupement. Je pleure : c’est que ça va mieux. La migraine me tombe dessus, entre les deux yeux. Je parle. Vous parlez, dit le maître-nageur. J’explique tout de suite qu’autrefois j’avais peur de ça, mourir dans l’eau. Je remercie et demande qu’on m’excuse. Stendhal : le ridicule de mourir dans la rue. J’avais tellement peur de ça, je dis encore. Tout le monde en a peur, dit le maître nageur, tous les nageurs en ont peur. Ah ? Oui, retournez dans l’eau. Oui. J’y retourne. Je souffle, je souffle. Le maître nageur dit de souffler, souffler et je souffle, souffle. Je fais 5 allers et 5 retours, 250 mètres, je tremble, j’ai mal à la tête et je veux rentrer. Je suis sous la douche chaude. Le maître nageur me fait un signe. Il dit : qu’est-ce que vous avez vécu aujourd’hui ? Je fais un geste évasif, paumée. Un incident, il dit. Vous avez vécu un incident. C’est une phrase magnifique. Résurrection

3 réflexions sur « une phrase magnifique »

  1. Chère Marie, c’est … magnifique. Suis sans voix. Du souffle de l’écriture, de l’allant, de l’humour, de tout ! J’adore ! Vous ai relue plusieurs fois ! J’adore. Voilà. C’est pas un commentaire. C’est rien. C’est juste de l’enthousiasme !

  2. joli texte Marie,

    l’ existence coules pour certain comme un long fleuve tranquille, du moins en apparence, d’ autres se noie au quotidien dans un verre d’ eau… ou suis je…?
    bises

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